In memoriam: I. P. Culianu

Chers amis,
Nous sommes aujourd’hui le 21 mai, 17 ans après la disparition tragique de I. P. Couliano. Mieux que tout discours, nous vous proposons un texte de lui à partager, en mémoire de lui, comme une communion. Le voilà :

Panem quotidianum

„Rien en me donne, ni ne me prend le droit de parler de cela.”

Je rends grâce chaque jour de ne pas avoir oublié de poser ces questions : Qui (que) suis-je ? Où suis-je ? D’où viens-je ? Où vais-je ?

Ce sont les seules questions dont la réponse a un sens, et aucun sens fondamental ne peut provenir d’une autre question que celles-ci.

Ce sont aussi les questions qui risquent de s’estomper avec le temps, si jamais elles ont clairement été exprimées. Mais en elles réside l’essence de tout discours humain, et hors d’elles aucun discours humain ne peut subsister. L’histoire de la pensée de l’humanité est une tentative répétée, plus ou moins aberrante, de donner une réponse à ces questions. Et moi, je suis aujourd’hui heureux de pouvoir répondre avec toute ma conviction : Je ne sais pas.

Ma réponse – attention – est ainsi formulée qu’elle est une réponse positive, non négative. Elle résume ainsi ma situation dans le monde : je suis quelqu’un – ou quelque chose – qui peut se décrire par le fait de ne pas savoir qui ou qu’est-ce qu’il est, où il est, d’où il vient, et où il va.

Cela ne suffit pas à faire de moi un penseur de profession. Je suis heureux de ne pas être un penseur de profession. Je suis heureux, parce que je peux garder mes questions et ma réponse „je ne sais pas” comme un trésor inaliénable qui garantit mon identité. En tant que penseur de profession, je pourrais articuler mieux les questions et la situation qui découle de la seule réponse honnête à leur donner (qui est bien celle susmentionnée). En tant qu’érudit je pourrais éventuellement enregistrer le plus de réponses aberrantes possibles. A nouveau en tant que penseur, je pourrais éventuellement faire remarquer que ces réponses n’étaient pas erronées, mais seulement les théories construites sur leur base étaient fausses (Wittgenstein).

Mais ce genre de choses ne m’intéresse que partiellement.

Quand je demande le pain essentiel, étant conscient du fait que l’expression panem supersubstantialem est une concession faite à l’impuissance humaine de concevoir par panem quotidianum autre chose que le pain blanc ou le pain noir dont on mange tous les jours, je ne peux donner à cette prière une autre signification que celle-ci :

Donne-moi le courage de me demander encore et toujours qui (que) je suis, d’où je viens, vers où je me dirige, et d’être honnête jusqu’au bout. A savoir : de ne pas essayer d’alléger ma situation en affirmant qu’elle puisse se définir autrement qu’en tant qu’ignorance de l’origine (essence), raison, lieu, et but de mon être.

Ioan Petru Culianu

Gröningen, 13 janvier 1977

(paru dans Limite, n°s 32-33, novembre 1981, p.14, dédié à Virgil Ierunca; traduit du roumain )

Vous le trouverez aussi sur le site de notre association, où vous pouvez commander le volume Ascension de l’âme qui lui est dédiée, ou si vous ne l’avez pas déjà fait : http://pagesperso-orange.fr/amis-couliano.com/
Dana et Ara Alexandre Shishmanian

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